Les slashers
La troisième saison de Monstre : Ed Gein, réalisée par Ryan Murphy, met en lumière une figure abjecte et totalement folle, qui a nourri le cinéma : de Norman Bates (Psychose) à Bubba Sawyer, alias Leatherface dans Massacre à la tronçonneuse, ces monstres n’ont cessé d’alimenter l’imaginaire des cinéastes.
Leatherface appartient à un sous-genre de l’horreur : le slasher movie, où il est considéré comme étant l’un des premiers de ce nom (même si beaucoup l’assimilent au survival).
Qu’est-ce qu’un slasher ?
Par définition, le slasher met en scène un psychopathe, souvent masqué ou défiguré, dont l’unique but est de tuer à l’arme blanche des groupes d’adolescents ou de jeunes adultes.
C’est l’un de mes sous-genres favoris : le kitsch des scènes des exécutions, les archétypes qu’on retrouve sans cesse, les musiques, l’esthétique prêtée à l’antagoniste… Tous ces codes, perpétuellement répétés, font pour moi un bon divertissement, même si parfois, certains de ces films tirent un peu trop sur la corde.
Qu’est-ce qui définit le slasher movie ? C’est ce que nous allons voir ensemble.
◖Un genre aux codes bien définis
On ne peut pas en fixer précisément les origines. Certains y voient l’héritage des gialli italiens, (thrillers sensuels et sanglants), d’autres considèrent que Psychose d’Hitchcock a initié le mouvement. Pour ma part, Halloween de John Carpenter (1978) pose les bases du slasher.
Carpenter plante le décor : un tueur masqué, en possession d’une arme blanche, s’attaque à un groupe de jeunes (constitué d’archétypes : le sportif, le couple frivole, le nerd froussard, etc.), et les élimine un par un, pour ne laisser qu’une survivante, appelée la « final girl » (la figure vertueuse du groupe), qui affronte l’antagoniste dans un combat haletant. C’est généralement à la fin du film que le visage du démon est brièvement dévoilé.
Cette structure immuable a vu naître dans les années 1980 des personnages cultes comme Jason Voorhees, Freddy Krueger ou encore Pinhead.
Paradoxalement, c’est le tueur qui est toujours valorisé par : son histoire singulière, son mode opératoire terrifiant, sa quasi-invincibilité et son obsession meurtrière des plus sauvages. À l’inverse, les traqués restent plus superficiels, créant une distance avec le spectateur, à quelques exceptions près comme la “final girl” emblématique de Halloween.
Malgré la popularité du genre, les slasher movies traînent la réputation d’un cinéma d’horreur « de bas étage ».
◖Une esthétique de l’horreur viscérale
Le sous-genre a développé sa propre grammaire, fondée sur une mise en scène de la violence sanguinolente et du suspens. L’objectif est de provoquer chez le public une peur immédiate et viscérale, plutôt que de créer une angoisse diffuse.
Son esthétique repose autant sur l’image que sur l’ambiance sonore : silhouettes tapies dans l’ombre, plans à travers une serrure, musiques stridentes, comme en témoigne le thème entêtant de Halloween qui accompagne chaque apparition de Michael Myers.
Si tous les slashers recherchent le frisson instantané, certains cinéastes imposent leur style : Carpenter privilégie la terreur suggestive et l’oppression ; Vendredi 13 opte pour un style plus cru, sombre et sanglant ; Wes Craven invente avec Les Griffes de la Nuit un univers onirique où Freddy tue jusque dans les rêves.
La caméra, souvent placée du point de vue du tueur, renforce le voyeurisme et rend, d’une certaine façon, le spectateur complice des crimes. Lumière contrastée, maquillages macabres et sursauts sonores s’additionnent pour marquer les esprits. Qu’il s’agisse de gore outrancier ou de suspense feutré, le slasher déploie une esthétique variée, guidé par une même ambition : provoquer peur et adrénaline dans un mélange de fun et de frissons cathartiques.
◖Un genre qui perdure par son renouvellement
Bien que fondé sur des codes figés, le slasher a toujours su évoluer. Après l’âge d’or des années 1970-80, marquée par une profusion de franchises (Halloween, Vendredi 13, Hellraiser, etc.), le genre s’essouffle à la fin des années 1980. À force de suites prévisibles et de copies sans imagination, le public s’est lassé de ces intrigues répétitives.
Relégué au rang du nanar sanguinolent, il connaît un retour inespéré en 1996 : Wes Craven réalise Scream, un hommage direct, mêlant comédie noire, whodunit et mise en abyme. Pensé comme “un slasher dans un slasher”, Scream rassemble tous les codes pour mieux les tenir à distance par l’humour. Son succès colossal prouve que le genre peut renaître en portant un regard critique, inaugurant ainsi le “néo-slasher”.
La seconde partie des années 1990 voit déferler une nouvelle vague, empruntant la même voie comédie/parodique. Souviens-toi…l’été dernier (1997) ou Urban Legend (1998) reprennent les schémas traditionnels tout en y injectant un second degré hérité de Scream. On assiste au retour des classiques dans des remakes, destinés à séduire la nouvelle génération. Mais le nouveau mouvement s’essouffle à l’aube des années 2000, au profit d’autres tendances telles que : les films de fantômes, le torture porn ou encore l’horreur psychologique (elevated horror).
Le slasher n’a cependant pas dit son dernier mot. Dans les années 2010, il trouve refuge à la télévision avec les séries Scream ou American Horror Story : 1984 et se réinvente au cinéma en hybridant les styles. Terrifier introduit un boogeyman clownesque, qui pousse l’horreur vers une violence extrême teintée d’humour noir, flirtant avec le torture porn et le slasher.
Le slasher movie demeure un terrain fertile pour explorer la peur : soit en revisitant ses fondamentaux, soit en jouant avec ses propres motifs pour mieux les transcender.
◖In fine
Les slasher ont indéniablement puisé leur inspiration dans des monstres bien réels de notre société, à l’image d’Ed Gein, Gacy ou Dahmer. Ces criminels ont nourri des personnages mythiques du cinéma. De Norman Bates à Leatherface, ils rappellent que la fiction horrifique s’ancre souvent dans une réalité glaçante.
Mais au-delà de ces origines morbides, le slasher s’est mué dans un langage cinématographique codifié, oscillant entre art macabre et divertissement populaire. Tantôt jugé vulgaire, tantôt célébré pour sa créativité visuelle, il a traversé les époques en se réinventant, jusqu’à devenir un miroir de sa propre histoire.