Simetierre

Simetierre

Je n’oublierai jamais la première fois où j’ai lu mon premier roman de Stephen King. C’était pendant les vacances d’été, au collège. Cherchant quelque chose d’exaltant, j’ai demandé à mon père si je pouvais piocher dans sa bibliothèque. Il m’a tendu Simetierre

Aujourd’hui encore, je me demande s’il voulait me dissuader ou au contraire, me convertir, pour avoir quelqu’un avec qui échanger sur le sujet.

Qu’importe : grâce à lui, j’ai découvert un auteur qui compte énormément pour moi. Ce n’est pas qu’une histoire de littérature horrifique : le choix des thèmes et des mots m’a aidée à apprivoiser mes peurs sur le monde, ses zones d’ombres et les ténèbres qui m’entourent. 

On ne présente plus Simetierre : c’est l’un des romans majeurs de sa bibliographie, souvent cité parmi les plus effrayants. Ce qui m’a le plus marqué, c’est la narration : une plongée progressive dans une horreur émotionnelle. Tout au long du livre, j’ai ressenti un malaise diffus et un suspens insoutenable. 

Comment King, m’a-t-il plongé progressivement dans l’horreur ? 

C’est ce que nous allons voir.

◖Bref résumé

La famille Creed, fraîchement installée à Ludlow, rencontre Jud Crandall, leur voisin de l’autre côté de la route. Peu de temps après, il les emmène au-delà de leur propriété, jusqu’à un cimetière des animaux entretenu par les enfants du coin.

Au-delà de ce lieu, au fond des bois, se trouve un territoire indien dont le pouvoir envoûte quiconque ose le profaner. Au cours d’événements de plus en plus dramatiques, Louis va en subir la malédiction. 

◖De la douceur à l'horreur

King nous avertit que l’issue de cette histoire est fatale : « C’est le 24 mars 1984 que Louis Creed connut sa dernière journée de véritable bonheur. » Dès le début, on sait que le sort des Creed est scellé bien avant l’irruption de l’horreur. 

Le roman prend le temps de l’installation : la famille tout juste arrivée à Ludlow, l’amitié avec Jud, la découverte du Simetierre. Ce prélude bucolique crée l’attachement et nous prépare vers une suite beaucoup plus contrastée.  

La lenteur distille l’inquiétude et fait grimper la tension. Les signes avant-coureurs se multiplient : Victor Pascow, l’étudiant mourant que Louis tente de sauver, qui revient en rêve et lui ordonne de ne jamais aller plus loin puis cette route, véritable menace permanente, dont on sait qu’elle causera l’irréparable.

Arrive l’événement-bascule : Church, le chat de la famille, meurt sur la route, puis revient après avoir été enterré dans le cimetière indien. Ce signal ne présage rien de bon. Louis cherche des réponses : Jud lui raconte tout sur cet endroit, et de l’histoire de Timmy Baterman, le seul humain à avoir été enseveli là-bas : jouer avec la mort a un prix. 

Simetierre rejoue les mécanismes de la tragédie grecque : on sait que tout finira mal. Nous, lecteurs, voyons le point de non-retour s’approcher et restons impuissants. Ainsi, lorsque Gage meurt, nous savons pertinemment que Louis franchira la limite et déposera le corps de son fils au cimetière des Micmacs. Jud l’avait pourtant dit : “[..] parfois, la mort est préférable”. Ni ses conseils, ni les mises en garde de Pascow n’arrêteront Louis.

◖L'horreur sans fin

Impossible d’évoquer la narration sans parler du dénouement. Après avoir tout perdu (son ami, son fils, son épouse), Louis, persuadé qu’il peut réparer ses torts, emmène Rachel là où tout a commencé. Il transgresse encore. 

King poursuit cette horreur jusqu’à la dernière ligne, et au-delà. Il arrête le récit au moment où Rachel revient. Pas de happy end, pas de morale assénée : au lecteur de tirer les conséquences de la folie de Louis. Des questions subsistent : Rachel massacre-t-elle Louis ? Louis est-il condamné à répéter indéfiniment la même erreur ? Le roman nous renvoie à un pessimisme radical : certaines frontières ne doivent pas être franchies, et la mort garde le dernier mot.

◖In fine ​

J’avais hâte d’écrire sur Simetierre. Bien sûr, on pourrait en dire bien plus, mais je voulais surtout raconter ce qui a nourri ce malaise pendant cette lecture. Au début, je pensais que c’était lié à mon âge. En le relisant bien des années plus tard, j’ai éprouvé exactement le même sentiment.

Il est rare que je replonge dans un livre, mais Simetierre m’attire un peu comme Louis et ce maudit cimetière indien. Et si j’ose pousser la comparaison : mon père m’a passé ce roman comme Jud confie à Louis son secret inavouable…  

À méditer. 

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3 commentaires

  1. Très bonne narration ça donne envie de reprendre ce livre et de replonger dedans, bonne analyse vraiment au top

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