Le Sud des États-Unis porte une histoire complexe qui n’a cessé de nourrir l’imaginaire collectif. Cette mémoire s’est en partie façonnée à travers le gothique, sous l’impulsion d’auteurs comme Mark Twain, Edgar Allan Poe ou encore William Faulkner.
Le Southern Gothic dépasse toutefois le cadre de la littérature : le cinéma s’est emparé du genre et lui a donné une esthétique singulière, où la violence devient le cœur du récit. Ce courant met en scène la pauvreté, l’addiction et la dureté de la vie sudiste, tout en laissant affleurer l’étrange, le magique et le surnaturel : une forme d’irréalité qui se glisse dans une représentation pourtant marquée par le réalisme.
Installez-vous confortablement, c’est l’heure de la rétrospective.
1. Terreur sur la ville de Charles B. Pierce (1976)
L’intrigue se déroule en 1946, dans la petite ville de Texarkana, à la frontière du Texas et de l’Arkansas. La communauté est frappée de terreur lorsqu’un tueur mystérieux, surnommé le Phantom Killer, commence à agresser des couples la nuit, souvent garés dans des endroits isolés. Le meurtrier porte un sac en toile sur la tête, ne parle jamais, et choisit ses victimes au hasard, ce qui ne fait qu’accentuer le climat de paranoïa.
Face à cette série de crimes, la police locale, épaulée par le Texas Ranger J.D. Morales, tente de stopper le tueur. Les enquêtes se multiplient, des pièges sont tendus, mais le Phantom reste insaisissable. Le film alterne scènes de meurtre très marquantes (dont certaines devenues cultes dans l’histoire du slasher) et passages quasi documentaires sur l’avancée de l’enquête.
À la fin, malgré une confrontation avec la police, le tueur parvient à s’échapper et n’est jamais identifié, laissant la ville dans une angoisse diffuse. Le film insiste sur cet aspect : le mal peut se fondre dans la foule, et le meurtrier pourrait être n’importe qui… ou même être assis à côté de vous au cinéma.
Mon avis :
Terreur sur la ville s’inspire d’un fait divers survenu dans la ville texane de Texarkana. Dans les années 1940, une série de meurtres de jeunes adultes, assassinés la nuit, frappe la région. Le tueur, jamais retrouvé, est alors surnommé le « Fantôme tueur ». Cette histoire plonge la population dans une peur diffuse et durable.
On présente souvent le film comme un film d’horreur, mais il ne relève pas vraiment de l’horreur à proprement parler. On y suit surtout la traque d’un homme cagoulé qui agresse et violente de jeunes adultes venus simplement s’amuser et prendre du bon temps. La police tente en vain de mettre la main sur ce tueur nocturne, sans que le film ne propose pour autant un véritable discours critique ou une profondeur particulière. Le récit est accompagné d’une voix off qui plante le décor, mais qui n’apporte finalement pas grand-chose à l’ensemble du long-métrage.
Si je mets trois étoiles à Terreur sur la ville, c’est surtout parce que j’ai un faible pour les films des années 1970, pour leur ambiance et leurs décors, et parce que Charles B. Pierce s’est inspiré d’une histoire vraie qui a fait couler beaucoup d’encre.
2. L'Au-delà de Lucio Fulci (1981)
Dans les années 1920, en Louisiane, un peintre nommé Schweick, accusé de sorcellerie, est lynché dans la cave d’un hôtel isolé, le Seven Doors Hotel. Ce lieu n’est pas anodin : il se trouve bâti sur l’une des “Sept portes de l’Enfer”. La mort de Schweick scelle la malédiction du bâtiment.
Des décennies plus tard, une jeune femme, Liza, hérite de l’hôtel et décide de le rénover et de le rouvrir. Très vite, d’étranges événements se produisent : accidents sanglants, apparitions, morts qui ne le restent pas vraiment… Un plombier, un architecte, des employés de l’hôtel : tous semblent pris dans une spirale de violence surnaturelle liée à la porte de l’Enfer qui s’ouvre peu à peu sous le bâtiment.
Liza est mise en garde par une mystérieuse femme aveugle, Emily, qui lui ordonne de fuir. Mais il est déjà trop tard : la frontière entre le monde des vivants et l’au-delà se fissure…
Mon avis :
Le cinéma italien est souvent oublié du grand public, alors qu’il est à l’origine de la naissance de plusieurs genres majeurs. On lui doit notamment les gialli, les westerns spaghetti ou encore les péplums, qui deviendront ensuite très populaires.
L’Au-delà est un film d’horreur qui m’a marqué, non pas pour son scénario, mais pour sa manière de traquer l’horreur et d’explorer les effets visuels. Bien sûr, certains maquillages ont aujourd’hui un côté un peu has been (je vous épargne les détails), mais il faut malgré tout une sacrée ambition pour imaginer de telles horreurs et réussir à les mettre en images.
Arachnophobe que je suis, j’ai cru vriller vers la 50e minute, lorsque survient la scène où des mygales tuent l’un des personnages. C’est très rare que je détourne le regard devant un film, et pourtant j’ai non seulement dû fermer les yeux, mais aussi faire une avance rapide : en plus de l’horreur visuelle, ces araignées produisent des bruits qui m’ont plongée dans un inconfort total. J’ai pourtant l’estomac et les nerfs solides, mais là, je n’ai pas tenu.
Ce n’est clairement pas le scénario du siècle : je le trouve incohérent, avec un côté inabouti. En revanche, certains passages dégagent un malaise très particulier, et rien que pour ça, je trouve que le film mérite d’être vu.
3. Big Fish de Tim Burton (2003)
Big Fish raconte l’histoire de Will Bloom, qui revient voir son père Edward alors que celui-ci est mourant. Depuis l’enfance, Will a grandi avec les récits extravagants de son père, des anecdotes peu crédibles peuplées de géants, de sorcières, de villes cachées et de créatures fantastiques. Adulte, il ne supporte plus ces histoires qu’il prend pour des mensonges et a peu à peu coupe les ponts avec lui.
Au chevet d’Edward, Will tente malgré tout de démêler le vrai du faux : il mène sa propre enquête, retrouve des personnes évoquées dans les récits de son père et découvre que, derrière l’exagération, il existe bien un fond de vérité. Les flash-back montrent la vie d’Edward comme une suite d’aventures romanesques, depuis son départ de sa petite ville natale jusqu’à sa rencontre avec Sandra, la femme de sa vie, et ses nombreux périples sur les routes.
Mon avis :
Je ne suis pas une grande admiratrice de Tim Burton, mais il faut savoir laisser une chance à des films que nous ne pensions jamais regarder.
J’ai été agréablement surprise par ce film. Au début, j’ai trouvé le rythme très lent, me demandant à quel moment j’allais décrocher, puis l’histoire m’a happée. C’est une véritable bouffée d’air frais : une histoire extraordinaire et magique, portée par un très bon casting.
Cette aventure palpitante reflète une réalité plus sombre : la relation père/fils qui s’est dégradée au fil des années, avec un père qui aime raconter des histoires toujours plus extraordinaires les unes que les autres, et un fils qui ne demande qu’à connaître la vérité. Pourtant, tous ces récits invraisemblables mènent à une fin inévitable et douloureuse.
Le film est traversé par de nombreuses métaphores sur la vie, sur ce qu’elle est et sur la manière dont on doit l’accepter, avec son lot de surprises, d’obstacles, de peines et de joies. Et même si la relation père/fils semble mal engagée au début, elle finit par s’apaiser lorsque Will se met lui-même à raconter une histoire extraordinaire pour atténuer la souffrance de son père.
Finalement, lui aussi devient comme son père : à son tour, il raconte des histoires à son enfant, comme un héritage qui se transmet.
4. Twixt de Francis Ford Coppola (2011)
L’histoire met en scène Hall Baltimore, un écrivain de romans d’horreur en perte de vitesse qui arrive dans une petite ville américaine pour une séance de dédicaces désertée. Le shérif local lui propose alors de s’inspirer d’un meurtre récent pour son prochain livre.
À ce moment-là, Hall se retrouve pris entre enquête réelle et visions nocturnes : la nuit, il rêve d’une jeune fille prénommée Virginia et d’Edgar Allan Poe, qui l’entraînent dans un univers brumeux où ressurgissent crimes passés, secrets de village et culpabilité personnelle. Peu à peu, l’écriture de son roman, ses cauchemars et la réalité se mélangent au point de brouiller toute frontière entre fiction et vécu.
Mon avis :
Twixt ressemble davantage à un brouillon qu’à un film abouti. Je comprends l’idée générale : un auteur sur le déclin tente le tout pour le tout pour achever un livre qui le propulsera de nouveau sur le devant de la scène. Le film n’est finalement que la projection de l’histoire qu’il est en train d’écrire, en puisant une grande partie de son récit dans des événements de sa propre vie.
Sauf qu’entre le début et la fin, c’est du grand n’importe quoi : les différents éléments ne donnent rien de convaincant, l’esthétique n’est pas terrible et n’apporte pas grand-chose. On nous présente un thriller horrifique qui n’a, au fond, pas grand-chose à voir avec le genre ; le fantastique est beaucoup trop prévisible… Bref, je n’ai pas aimé.
Certes, toutes ces incohérences s’ancrent dans le contexte onirique du scénario, mais pour moi, ça reste un flop.
5. Les Bêtes du Sud sauvage de Benh Zeitlin (2012)
Les Bêtes du sud sauvage suit Hushpuppy, une fillette de six ans qui vit avec son père Wink dans une petite communauté isolée du bayou de Louisiane, surnommée La Baignoire. Les habitants y vivent dans une grande pauvreté, mais farouchement attachés à leur liberté et à leur terre. Wink, malade et colérique, prépare sa fille à survivre seule dans un monde qu’il sait voué à changer.
Quand une violente tempête ravage la région et inonde la Baignoire, les habitants sont déplacés de force dans un centre d’accueil. Hushpuppy refuse de se résigner : pour elle, la montée des eaux, la maladie de son père et le chaos du monde sont liés au réveil de créatures préhistoriques, les aurochs, libérées par la fonte des glaces. Elle se lance alors dans une quête à la fois réelle et imaginaire, à la recherche de sa mère et d’un sens à ce qui lui arrive. Au terme du film, Hushpuppy est confrontée aux aurochs et à la mort de son père : elle les affronte avec une dignité bouleversante, affirmant sa place dans un monde en train de s’effondrer.
Mon avis :
C’est un film bouleversant : son histoire et son contexte nous transportent dans les bayous de Louisiane. On suit Hushpuppy, qui vit avec le fantôme de sa mère et l’ombre d’un père qui préfère fuir son rôle de père.
Cette petite fille incarne à la fois l’état sauvage de son environnement et une innocence enfantine qui tente de trouver sa place au milieu de la violence et de la pauvreté qui règnent dans le Bassin. À la fin de sa quête initiatique, elle revient plus forte que jamais, prête à affronter les épreuves de sa réalité malgré son jeune âge.
Je crois que la profondeur du film tient surtout à la voix off de la petite fille, qui raconte avec ses mots la brutalité de la vie qui l’entoure.
◖In Fine
Cette sélection de films a pour point commun le Southern Gothic, décliné de différentes manières : certains misent davantage sur le fantastique et l’onirisme, tandis que d’autres accentuent la dimension horrifique du genre.
En tout cas, j’ai pris beaucoup de plaisir à les découvrir et à les regarder, et j’y ai trouvé de très belles surprises.
Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un très bon visionnage !
Ressources :
Films 🎥 :
Burton Tim, Big Fish, 2003. Disponible à la location et à l’achat sur Prime Video.
Coppola Francis F., Twixt, 2011. Disponible à la location et à l’achat sur Prime Video.
Fulci Lucio, L’Au-delà, 1981. Disponible sur Shadowz.
Pierce Charles B., Terreur sur la ville, 1976. Disponible à la location et à l’achat sur Prime Video US.
Zeitlin Benh, Les Bêtes du Sud sauvage, 2012. Disponible à la location et à l’achat sur Prime Video.