Tous dans les conduits

Entre fiction et réalité, le cinéma glisse parfois des certitudes là où il ne devrait y avoir que des images. C’est le cas des conduits d’aération, qui, dans les films d’horreur ou de science-fiction, sont fantasmés et représentés comme des lieux de passage pour fuir ou pire… commettre en toute impunité des atrocités, à l’instar d’Eugene Tooms (X-Files) ou de Karl Günther (Fou à tuer).

Dans ce top, vous trouverez des films où le passage dans les conduits d’aération est incontournable.

Installez-vous confortablement, c’est l’heure de la rétrospective.

1. Démons de Lamberto Bava (1985)

Tous dans les conduits

Cheryl, une jeune étudiante, croise un mystérieux homme masqué dans les couloirs du métro berlinois. Celui-ci distribue des tickets pour une projection organisée le soir même dans un nouveau cinéma : le Métropol. Elle convainc son amie Kathy d’y aller et de sécher leur cours du soir.

Arrivées sur place, elles s’aperçoivent que de nombreuses personnes ont fait le déplacement pour voir ce curieux film d’horreur sans titre. Celui-ci raconte la mésaventure de quatre jeunes partis explorer des ruines et qui tombent sur le cercueil de Nostradamus, renfermant un masque. L’un d’eux s’amuse à le porter et devient un démon meurtrier…

Ce même masque, exposé dans le hall du cinéma avant la projection, est ensuite porté par une femme, qui devient à son tour victime de la malédiction et transforme le cinéma en un véritable lieu d’horreur…

Mon avis : 

Ces deux étoiles sont avant tout destinées à la bande-son, que j’ai réellement appréciée. Démons avait pourtant tous les ingrédients pour fonctionner : un espace confiné, un individu contaminé, des spectateurs transformés en zombies assoiffés de sang. La tension s’installe, les camps se forment, la panique gagne peu à peu la salle.

Toutefois, l’ensemble du film souffre d’une qualité très inégale. Le scénario glisse vers le grotesque, accumule les incohérences ; il est difficile de s’attacher aux personnages, et les effets spéciaux s’avèrent particulièrement ratés, surtout en comparaison avec d’autres films du même genre sortis à la même époque. L’arrivée inopinée d’un quatuor qui parvient à entrer dans le cinéma, alors que d’autres tentent vainement d’en forcer les murs depuis une heure, achève de mettre à mal la crédibilité de l’ensemble. Pire encore, ils prennent le temps de visiter les lieux au lieu de fuir.

Démons tend plus à être un nanar qu’un véritable film d’horreur. Je ne dirai pas pour autant qu’il est mauvais : j’avoue avoir une certaine affection pour le cinéma italien, dont la singularité et l’atmosphère restent rares.

Quant au passage obligé dans les conduits, deux protagonistes tentent ici de s’échapper par un conduit d’aération réglé à pleine puissance. Bien qu’ils aient largement la place d’avancer à quatre pattes, ils préfèrent ramper et perdre un temps considérable… Alors qu’ils semblent enfin avoir trouvé une issue, un démon a eu la même idée et fait des deux fugitifs un festin de choix.

2. Shopping de Jim Wynorski (1986)

Tous dans les conduits!

Un grand centre commercial s’équipe d’un nouveau système de sécurité sophistiqué : trois robots programmés parcourent, durant la nuit, les trois étages du mall et ont pour mission de neutraliser d’éventuels malfrats.

Lorsqu’un orage éclate, les robots deviennent incontrôlables et se mettent à agresser le personnel ainsi qu’un groupe de jeunes fêtards restés à l’intérieur …

Mon avis : 

Vous avez déjà songé à rester enfermé dans un magasin pendant la nuit, juste pour voir ce que ça faisait ? Non ? Moi, oui !

Le côté nanar pleinement assumé rend finalement ce film plutôt agréable à regarder. Les courses-poursuites frénétiques se succèdent et nous offrent des scènes mémorables, à l’instar de celle où une jeune femme court en sous-vêtements, fuyant en hurlant sous le regard médusé de ses amis, incapables de lui venir en aide.

D’ailleurs, je tiens à souligner que, parmi tous les films que j’ai vus, celui-ci est peut-être le seul où un personnage refuse catégoriquement de se séparer de sa partenaire pour tenter de survivre.

Quant au passage obligé dans les conduits de ventilation, il s’avère parfaitement inutile : les filles doivent y renoncer à cause de la chaleur étouffante. Retour immédiat dans une réserve, à la merci des robots tueurs.

3. Fou à tuer de David Schmoeller (1986)

Tous dans les conduits

Karl Günther, fils d’un médecin nazi, loue des appartements à des femmes et passe l’essentiel de son temps à circuler dans les conduits d’aération afin de les espionner à toute heure de la journée. Ces dernières deviennent bientôt ses victimes : il prend plaisir à les torturer puis à les assassiner.

Mon avis :

Si nous ne sommes pas de nature voyeuriste, Fou à tuer nous y contraint bien malgré nous. Le film, bien que bancal dans sa construction scénaristique, se concentre avant tout sur le délire psychotique d’un homme sadique qui, à chaque meurtre, sombre un peu plus dans la folie. Je n’ai pas été emballée par le film, qui, à mes yeux, ressemble davantage à un brouillon qu’à une véritable réussite, tant il est difficile de comprendre où la réalisation souhaite réellement en venir.

Les conduits d’aération occupent une place centrale dans le récit, puisqu’ils constituent le principal terrain d’action de Günther. Les femmes, intriguées par les bruits incessants, s’en plaignent auprès du propriétaire, qui évoque de simples passages de rats. Bien évidemment, il s’agit en réalité des quartiers de ce déséquilibré, qui passe son temps à errer à l’intérieur de ces conduits, d’ailleurs presque aussi spacieux que son propre appartement.

4. Terreur à l'opéra de Dario Argento (1987)

Tous dans les conduits!

Une célèbre cantatrice quitte brusquement les répétitions d’un opéra avant d’être mortellement renversée sous les yeux médusés des témoins. Pour la remplacer, une jeune chanteuse lyrique, Betty, est choisie afin d’incarner Lady Macbeth dans une œuvre à la réputation solidement ancrée de porter malheur.

À partir de ce moment, une série de meurtres frappe l’entourage de la jeune femme, tandis qu’elle se retrouve traquée par un étrange admirateur obsessionnel.

Mon avis : 

Terreur à l’opéra avait tout pour être irréprochable. Une jeune chanteuse, contrainte de reprendre le rôle de Lady Macbeth, se retrouve au cœur d’une malédiction et voit son entourage mourir sous les coups d’un tueur sadique qui l’oblige à assister aux meurtres les yeux ouverts (une référence évidente à Orange mécanique).

Toutefois, le film souffre d’un sérieux problème de rythme et s’étire inutilement. Certaines scènes sombrent dans le grotesque, comme celle de la couturière assassinée à coups de ciseaux, tandis que la conclusion, marquée par le retour improbable du tueur supposé mort, évoque davantage une résurrection façon Victor Newman dans Les Feux de l’Amour qu’un véritable final tragique.

En revanche, le cadre de l’opéra constitue un véritable point fort : costumes somptueux, décors élégants et plans soignés confèrent au film une réelle beauté visuelle.

Vient enfin le passage obligé dans les conduits : Betty s’échappe par un conduit d’aération conseillé par sa voisine, au sein d’un réseau si vaste et accessible qu’il semble presque possible d’y élire domicile.

5. Full Eclipse de Anthony Hickox (1993)

Tous dans les conduits !

Max Dire, policier de Los Angeles, est profondément marqué lorsque son coéquipier est grièvement blessé et plongé dans le coma lors d’une intervention. Fragilisé et en perte de repères, il accepte d’intégrer une unité secrète expérimentale dont les membres sont transformés en loups-garous pour lutter contre le crime. Mais cette mutation, censée canaliser la violence, révèle rapidement des pulsions incontrôlables et fait vaciller la frontière entre justice et sauvagerie.

Mon avis : 

Ce téléfilm n’a ni queue ni tête (sans mauvais jeu de mots). On assiste à une histoire improbable mêlant film d’action et loup-garou, avec pour antagoniste… Adam Garou (je n’invente rien).

Full Eclipse est un nanar qui tente de concilier action et fantastique sans jamais y parvenir. Les transformations prêtent à sourire : chaque métamorphose est accompagnée de rugissements de panthère (difficile de savoir s’il est ici question de loup ou de félin) et les effets spéciaux sont particulièrement cheap, ce qui est pourtant un comble quand on sait que j’aime le kitsch.

À défaut d’être convaincant, le film est au moins avare en dialogues, ce qui n’est peut-être pas un mal au regard de la profondeur du scénario. Tout en restant positive, c’est typiquement le genre de programme que je regarde affalée sur mon canapé un dimanche après-midi.

Quant au conduit d’aération, il joue ici un rôle fondateur : les deux policiers pénètrent dans la boîte de nuit par deux conduits distincts, et c’est à travers les parois que Max Dire comprend que son ami vient d’être touché. Il entre alors dans l’établissement, armes au poing (deux flingues dans chaque main, trop fort) et déclenche un véritable carnage.

◖ In Fine

Malgré les notes attribuées à l’ensemble de ce top, je dois reconnaître que je me suis beaucoup amusée à regarder ces films. Mon coup de cœur reste Shopping, un film de série B totalement assumé, qui m’a même donné envie d’approfondir le sujet.

La thématique des conduits d’aération a été trouvée complètement par hasard, et je dois dire que j’ai adoré m’y plonger, tant l’imagination déployée autour de ces espaces est foisonnante. Certains sont exigus, d’autres ressemblent à de véritables appartements dans lesquels on pourrait presque vivre. Je crois que ces lieux nourrissent particulièrement l’imaginaire par leur étroitesse et par le sentiment de claustrophobie qu’ils suscitent (une peur finalement très répandue). Car, si un malheur venait à nous y arriver, il y a de grandes chances pour que l’on y reste.

Toutefois, rassurez-vous : à moins d’être un cancrelat, il y a peu de chances pour que vous vous retrouviez un jour à l’intérieur d’un tel endroit poussiéreux…

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon visionnage ! 

Ressources :

Films 🎥

Bava Lamberto, Démons, 1985. Disponible à l’achat/location sur Canal VOD

Wynorski Jim, Shopping, 1986. Disponible sur YouTube

Schmoeller David, Fou à tuer, 1986. Disponible sur YouTube. 

Argento Dario, Terreur à l’opéra, 1987. Disponible sur YouTube.

Hickox Anthony, Full Eclipse, 1993. Disponible sur YouTube.

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