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The X-Files

Nous ne sommes pas seuls (The X-files : Pilot) 👽

Sommes-nous seuls dans l’univers ? Telle est l’éternelle question obsessionnelle de Fox Mulder tout au long de la série : X-Files

Le pilote de X-Files s’ouvre dans une forêt de l’Oregon, éclairée d’une lumière pâle et inquiétante. Une adolescente terrifiée fuit une menace invisible avant d’être retrouvée morte le lendemain, avec deux marques étranges dans le bas du dos. Ces marques intriguent à peine les enquêteurs : ils connaissent déjà ces signes. Ainsi commence l’histoire de Fox Mulder et Dana Scully, confrontés dès leur première enquête à un supposé enlèvement extraterrestre. 

L’épisode installe les éléments clefs du récit d’abduction (terme ufologique) : temps marquant, traumatisme invisible, vérité insaisissable, peur incontrôlée, paranoïa. Le 7e art n’a cessé d’alimenter cette peur étrange d’être saisi par des êtres inconnus. Il ne s’agit pas seulement d’être envahi, mais d’être arraché à soi-même sans échappatoire, une idée qui hante la pensée collective. Mais au-delà de la fascination pour les aliens, ces représentations sont souvent le reflet d’une angoisse profondément humaine.

Comment le cinéma s’est-il emparé de ces peurs ? C’est la question que nous allons explorer ici.

◖Quand la fiction s’inspire du réel

Le tout premier épisode de X-Files ouvre sur l’arc mythologique de la série : il s’agit d’un fil narratif centré sur la quête de la vérité de Fox Mulder, son obsession sur les extraterrestres et la disparition de sa sœur Samantha. 

Fox raconte à Scully ce qu’il a vu de l’enlèvement de sa sœur (du moins ce qu’il pense être le souvenir de cet événement), survenu devant ses yeux. Ce soir-là, ils se chamaillent à propos de la télévision lorsque soudain une lumière envahit le salon. Paralysé, il assiste, impuissant, à la scène : soulevée par une force invisible, elle disparaît par la fenêtre. Lui-même se soumettra à un hypnothérapeute pour raviver ses souvenirs enfouis : c’est ce que l’on appelle l’hypnose régressive.

Le souvenir évoqué par Mulder s’inscrit dans les codes classiques des récits d’enlèvement extraterrestre. Ces motifs récurrents ne sont pas propres à la série, mais proviennent directement du vécu des abductés, qui ont inspiré une véritable grammaire visuelle et narrative reprise par le cinéma. Réalisateurs et scénaristes s’en sont emparés, accentuant parfois ces éléments pour générer du suspense et des frissons. 

Il y a beaucoup de films qui traitent du sujet des petits hommes verts, mais aujourd’hui on va se concentrer sur ceux qui sont inspirés d’événements célèbres : Fire in the Sky (Visiteurs extraterrestres en VF), basé sur le cas médiatisé de Travis Walton, et Communion, tiré du témoignage autobiographique de Whitley Strieber.  

Fire in the sky de Robert Lieberman

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Sorti en 1993, Fire in the sky est une adaptation de ce qu’a vécu Travis Walton, l’un des cas les plus médiatisés des Etats-Unis. En novembre 1975, Travis Walton et ses collègues rentrent d’une journée de travail lorsqu’une intense lumière rouge capte leur attention. Travis s’en approche puis disparaît brutalement devant eux, frappé par un éclair mystérieux. Après cinq jours d’absence, il réapparaît confus et amnésique. Seule l’hypnose permet d’accéder à ses souvenirs : Walton évoque un moment terrifiant, marqué par des interventions invasives. 

Robert Lieberman articule son film autour des témoins de l’incident : au premier abord, ces derniers semblent mentir et se couvrent pour cacher le meurtre du jeune homme. Deux camps s’affrontent : ceux qui y croient et ceux qui crient au canular. Mais lorsque le jeune bûcheron revient, la trame bascule : la suite se concentre sur la souffrance psychologique et les horreurs subies. La scène où il se trouve dans le vaisseau ne dure que quelques minutes, mais nous plonge dans une séquence sensorielle et brutale. 

La peur ne provient pas tant de l’exploration spatiale que de l’exploitation du corps humain comme simple objet. Fire in the Sky cristallise le cauchemar médicalisé d’une intervention venue d’ailleurs, où l’humain perd tout contrôle. 

Le film vous laisse libre de croire ce que vous voulez. Pour les plus curieux, sachez qu’un documentaire a été réalisé en 2015 : The true story of Travis Walton.

Communion de Philippe Mora

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Communion (1989) adopte une approche introspective. Ici, l’expérience n’a rien de spectaculaire, elle est vécue de manière intime : visions nocturnes dérangeantes, sons étranges, états mentaux altérés. Inspiré du récit personnel de Whitley Strieber, le film explore un basculement psychologique constant entre réalité et délire. Ni le spectateur ni Strieber ne peuvent clairement déterminer si ces événements relèvent du rêve, du délire ou de la réalité. Le film entretient volontairement cette ambiguïté. 

Les créatures qui apparaissent à l’écran (de petits êtres à la tête ovoïde, à la peau grise et aux grands yeux noirs) sont devenues l’archétype visuel des aliens ‘gris’ dans l’imaginaire collectif. Pourtant, Communion ne s’attarde pas vraiment sur leur nature : le vrai sujet reste le vacillement psychique, la difficulté à nommer l’indicible, et la solitude de Whitley Strieber qui doit faire face à toutes ces choses qu’il n’arrive pas à comprendre ni à prouver. 

Le 7e art exploite également la peur intime d’être envahi physiquement, de perdre la maîtrise de soi ou de son esprit. Il ne raconte pas seulement des enlèvements extraterrestres : il explore la perception humaine troublée, les frontières floues entre réalité et subjectivité.

◖Les abductions : vérité ou canular ? Place aux doutes

Ces récits posent tous la même question : que faire d’une expérience que l’on ne peut ni prouver, ni oublier? 

Le cinéma ne tranche pas entre croyance et scepticisme. Il creuse le doute, accentue les symptômes et trouble les certitudes. Il nous pousse à nous demander pourquoi nous choisissons de croire ou de rejeter l’impensable.

Le cas de Travis Walton

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Sortons brièvement de la fiction et de X-Files pour évoquer le cas de Travis Walton, dont l’histoire divise encore aujourd’hui la communauté de Snowflake.

À l’époque, l’enquête évoque un possible meurtre déguisé par ses collègues. Il est même envisagé que cette mascarade ait été montée de toutes pièces par Mike Rogers, l’ami et employeur du disparu, afin de rompre un contrat qu’il ne pouvait pas honorer. Les spéculations vont bon train, surtout quand on sait que la famille Walton vend l’histoire à l’hebdomadaire à sensation National Enquirer… 

Aujourd’hui encore, le mystère plane. Véritable abduction ou simple canular ? Le sujet est relancé des années plus tard par Mike Rogers lui-même, lors d’un podcast ufologique, où il laisse entendre que tout ceci aurait été inventé.  

En tout cas, la force du film Fire in the sky réside dans le fait qu’il ne cherche pas à valider ou à réfuter l’existence des extraterrestres, mais représente l’ambivalence de ceux qui ont vécu ce genre de traumatisme. Travis incarne cette figure du témoin hanté, sincère, mais piégé dans des souvenirs flous. Pourtant, les souvenirs sous hypnose, sa déshydratation inhabituelle et son choc post-traumatique ne convainquent pas les plus sceptiques.

Le cas Whitley Strieber

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Strieber n’était pas inconnu du grand public. Avant de publier Communion en 1987, il avait écrit  son roman d’horreur The Hunger. Avec Communion, l’auteur partage tout autre chose : une expérience intime, déconcertante, qu’il affirme avoir vécu dans une maison isolée au nord de l’Etat de New York. 

Il y raconte comment les visions nocturnes, des états de conscience modifiés et une sensation d’intrusion mentale sont venus le hanter. Incapable de donner un sens à tout cela, il consulte un hypnothérapeute pour faire ressurgir ses souvenirs : il a rencontré des entités aux grands yeux noirs, vécu des manipulations médicales aussi dérangeantes qu’inexplicables.

À sa parution, Communion suscite bien des débats, notamment auprès de neurologues comme Steven Novella, qui affirme que ce que décrit Strieber s’apparente davantage à de l’hypnagogie, un phénomène neurologique assez fréquent durant la première phase de sommeil. 

Son ouvrage connaît pourtant un immense succès et devient une référence incontournable dans l’ufologie. Là encore, la vérité importe moins que la force du témoignage. Qu’il ait été victime d’un phénomène surnaturel, d’un trouble du sommeil ou d’un trauma psychique, il incarne cette figure du témoin sincère et solitaire.

Face à ces faits rapportés aux frontières du réel, entre souvenirs brumeux et phénomènes que nul ne peut confirmer ni réfuter, une question demeure : que peut la science face à ça ? 

Si le 7e art ausculte l’abduction construit sur l’émotionnel et le subjectif, la science a tenté d’apporter des éléments explicatifs. Le but n’est pas de démystifier à tout prix, mais de comprendre ce qui, dans le cerveau et la mémoire, peut générer de telles choses.

◖En bref : ce que dit la science

La science apporte un éclairage rationnel sur ces récits troublants. Elle évoque des pistes comme les faux souvenirs induits par l’hypnose ou la suggestion, ainsi que des phénomènes neurologiques tels que la paralysie du sommeil et les hallucinations hypnagogiques. Malgré ces explications, le vécu émotionnel des témoins reste authentique à leurs yeux, relevant d’une réalité psychologique profonde, même si les faits demeurent impossibles à prouver. 

◖Pourquoi ces histoires fascinent ?

Pourquoi sommes-nous si attirés par ces sujets ? Au-delà de l’intrigue, c’est notre fascination pour l’inconnu et l’inexpliqué qui nous captive. Ces récits résonnent profondément avec nos peurs fondamentales. Le cinéma exploite habilement ces angoisses universelles pour créer une expérience émotionnelle intense et durable.

◖In fine

Finalement, croire ou non aux abductions importe moins que ce qu’elles révèlent de notre condition humaine : notre besoin incessant d’expliquer ce qui nous échappe. X-Files illustre parfaitement cette tension. Mulder cherche la vérité absolue, Scully la logique rationnelle. Entre ces deux pôles, la série ouvre un espace fertile d’incertitude, miroir de nos propres doutes et croyances. Le cinéma, quant à lui, offre une représentation visuelle et émotionnelle de ces situations troublantes.

À vous de croire ce que vous avez envie de croire. Peut-être que finalement ces histoires d’enlèvements parlent moins des extraterrestres… que de nous-mêmes.

Ressources :

Films/séries : 

Communion, disponible à la location sur Amazon et Rakuten TV

Fire in the sky, disponible à la location sur Amazon Prime 

X-Files, Saison 1, Episode 1, disponible sur Amazon Prime et Disney+

Documentaires sur Travis Walton : 

Enlèvement OVNI ou mensonge : l’histoire de Travis Walton – L’Heure H (émission radiophonique)

Témoignage de Travis Walton + ses camarades

The True Story of Travis Walton 

Lectures : 

Articles sur Whitley Strieber : 

Abduction – Whitley Strieber (Aliens ! Ils sont déjà là, blog)

Communion or Concoction? (Fakegeekboy, blog, article en anglais)

Whitley Strieber, un expérienceur très particulier (Jean Casault, blog)

Articles psycho/scientifiques sur les abductions :

Alien abduction claims examined, The Harvard Gazette (article en anglais)

Alien Abduction or “Accidental Awareness”?, Scientific Amrican (article en anglais)

False memories and false confessions: the psychology of imagined crimes, Wired (article en anglais) 

Regret Is Alien to UFO Abductees, Wired (article en anglais)

Why Some People Believe They’ve Been Abducted by Aliens, Psychology Today (article en anglais)

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7 commentaires

  1. la présentation de ce nouvel article est vraiment remarquable. L’analyse faite sur ce sujet est complète avec des comparaisons à d’autres œuvres qui sont bien appropriées.

  2. Pour répondre à la question du début de l’article, je ne pense pas que nous soyons seul dans l’univers. Dans son immensité, ce serait bizarre que nous soyons les seuls. Il y a une multitude de galaxie et probablement différentes créatures ici et là, c’est chacun ses croyances

  3. Ce phénomène, réel ou pas intrigue et tout ce qui intrigue attire la curiosité car l’être humain veut tout savoir et avoir des explications sur les questions qu’il se pose.

  4. Dans Stargate, il y a un épisode de je ne sais plus quel saison, qui évoque l’abduction avec le peuple Asgard (un scientifique) qui enlève des humains pour en faire des expériences.

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